Dossier

Intérieur jour privilégie la prudence dans ses approvisionnements

22 juin 2026

Olivier Cariou Polvêche, fondateur d’Intérieur Jour, observe une période d’incertitude entre alertes tarifaires, hausse des coûts de transport et d’énergie, et baisse de fréquentation. Faute de visibilité, il limite ses commandes, valorise son stock et resserre ses choix fournisseurs.

Olivier Cariou Polvêche a ouvert le magasin Intérieur Jour il y a 32 ans à Lens (Pas-de-Calais). Depuis, il observe une transformation de son métier, dans la relation aux fournisseurs comme dans les comportements d’achat des consommateurs. Interrogé sur les alertes récentes de ses fournisseurs concernant d’éventuelles hausses de coûts, tensions d’approvisionnement ou révisions tarifaires, il indique avoir reçu plusieurs messages en ce sens. Les premiers ont concerné les mesures relatives à l’importation des porcelaines et céramiques chinoises instaurées par l’Union européenne en février dernier. 

Depuis début mai, il reçoit également de nombreux messages de fournisseurs annonçant des augmentations tarifaires à partir de juillet, principalement en raison des problématiques de transport et des coûts de l’énergie. Pour l’heure, les modifications constatées restent cependant limitées. « J’ai reçu des alertes de modifications de tarifs par e-mail, mais je n’ai pas vu tant que ça de modifications, c’est très modéré », indique-t-il.

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« L’ANNÉE 2026 S’ANNONCE DIFFICILE »

Interrogé sur les éventuelles hausses et révisions tarifaires annoncées par ses fournisseurs, Olivier Debeurme, du magasin Maison Roland à Sanary-sur-Mer (Var), témoigne : « Nous recevons en ce moment beaucoup de mails nous signalant des hausses de prix. Pour certains fabricants ou certaines marques, ces augmentations sont très importantes. 

Ce qui est le plus étonnant, c’est que les marques françaises qui importent beaucoup de produits nous annoncent de très fortes hausses, alors que celles qui fabriquent en France semblent, elles, moins concernées. Pour l’avenir, c’est le client qui décidera. Nous sommes déjà dans un contexte de récession depuis le début de l’année. 2026 s’annonce donc difficile. Du côté des clients, nous observons aussi un nouveau phénomène : certains viennent en magasin pour voir les modèles, puis passent ensuite par internet. 

Actuellement, la plus grande concurrence vient des marques qui vendent sur internet à des prix bas, alors que nous proposons les mêmes produits en magasin. Avant d’augmenter leurs prix, certaines marques pourraient peut-être s’interroger : si elles savent vendre à bas prix sur internet, pourquoi ne pourraient-elles pas aussi le faire avec nous ? »

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Les hausses annoncées concernent surtout les produits en plastique et les produits importés. Concernant la porcelaine et la céramique chinoises, « je n’observe pas encore d’augmentation significative, ni chez mes fournisseurs ni en grande distribution. Y aura-t-il un effet à retardement ? », interroge-t-il. 

Olivier Cariou Polvêche n’exclut toutefois pas de nouveaux changements de tarifs à la rentrée si la crise pétrolière perdure. À ce stade, la principale répercussion ne se situe pas tant sur les prix que sur la fréquentation de la boutique qui connaît actuellement un fort recul. Olivier Cariou Polvêche relie ce phénomène à la hausse des coûts de l’énergie et des carburants qui pèse sur les arbitrages des ménages. Pour Intérieur Jour qui travaille essentiellement en direct avec ses fournisseurs, les choix d’approvisionnement sont devenus plus prudents. 

Face à une éventuelle hausse des prix fournisseurs, la marge de manoeuvre consiste actuellement à commander moins. Les achats sont concentrés sur les produits qui ont une rotation. Aucune nouvelle implantation n’est prévue pour l’heure. « On tend le dos en espérant que ça se débloque un peu », résume Olivier Cariou Polvêche, qui décrit une année difficile et un manque de visibilité sur les mois à venir, y compris sur la période essentielle des fêtes de fin d’année. « Des implantations pourraient être envisagées selon les découvertes réalisées à Maison&Objet, le bilan du premier semestre et la visibilité sur la fin d’année. » 

Les évolutions concernant les importations de céramique en provenance de Chine pourraient toutefois avoir, selon lui, un impact positif si elles conduisent les grandes enseignes de grande distribution en zones commerciales à augmenter significativement leurs tarifs. Olivier Cariou Polvêche espère dans ce cas un retour vers la qualité européenne, lui qui privilégie le made in France et la fabrication européenne « par éthique, même si c’est parfois impossible dans certaines catégories de produits »

Un sujet particulièrement sensible pour les arts de la table, un segment qu’il dit ne pratiquement plus travailler. Il met en cause l’importation de produits vendus en grande distribution. Il observe également que certains fournisseurs ont eux-mêmes recours à la fabrication asiatique, même s’il note un retour vers la fabrication portugaise. Au-delà des prix, Olivier Cariou Polvêche pointe aussi une uniformisation de l’offre. 

Avec 32 ans de recul, il estime que le marché est aujourd’hui « un peu en panne » sur le plan du design. « Le “nordic design” domine et en visitant Maison&Objet, j’ai l’impression de voir des propositions, avec des niveaux de qualité certes différents, mais qui sont très proches d’un stand à l’autre. Je me mets à la place du consommateur face à une assiette vendue 20 € en boutique et une autre 5 € en grande distribution. » Cette question de la valeur est également fragilisée selon lui par les ventes privées. 

Olivier Cariou Polvêche considère que le consommateur ne connaît plus la valeur réelle des produits, notamment lorsque des marques vendent régulièrement sur des sites de ventes privées à des prix inférieurs à ceux pratiqués auprès des détaillants. Dans ce contexte, il indique « choisir des marques ayant une reconnaissance commerciale en France, mais qui ne dévalorisent pas leurs produits par une présence répétée sur les sites de ventes privées ». Intérieur Jour a ainsi arrêté de travailler avec certaines marques jugées trop présentes sur ces circuits.

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