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« Nous disposons désormais d’une radiographie de la filière coutelière française »

18 decembre 2019

Avec l’appui de l’Union des industries des métiers de la métallurgie, la Fédération française de la coutellerie (FFC) a mené une étude sur le marché français des couteaux et des couverts. En voici les résultats, décryptés par Thierry Déglon, président de la Fédération française de la coutellerie (FFC).

Offrir International : Quels enseignements tirez-vous de cette enquête relative à la coutellerie française ?

Thierry Déglon : Grâce à cette étude, nous disposons désormais d’une radiographie assez objective de la filière, qui révèle que cette dernière s’organise autour de 120 principaux fabricants de coutellerie et de couverts. Ces acteurs génèrent en 2018 un chiffre d’affaires (hors taxe) de 248,6 millions d’euros. Ce dernier est concentré : les 7 principaux fabricants de coutellerie (6 % des entreprises du secteur) réalisent 52 % du chiffre total ; les 20 premiers fabricants* (17 % des entreprises), génèrent 74 % du chiffre d’affaires global. Autre enseignement : les activités relevant exclusivement des activités coutellerie-couverts (hors sous-traitance) représentent 1 415 emplois (en croissance de 3,3 % par rapport à 2013). 60 % de l’effectif total de la filière sont employés en 2018 par les 20 premiers fabricants. Il convient d’ajouter environ 250 salariés complémentaires issus de la sous-traitance (forge, découpage, traitement thermique, polissage, etc.) à l’effectif global, soit un total de 1 665 personnes. Le bassin de Thiers représente plus de la moitié du poids total de la filière française, avec 77 entreprises qui génèrent un chiffre d’affaires 2018 représentant 55,3 % de celui global, et qui emploient 53,9 % de l’effectif total.


En matière de distribution, quelles tendances révèle cette étude ?

Il apparaît que la répartition clients s’articule de la manière suivante : 25 % pour la grande distribution (GSA + GSS), 24 % pour les détaillants (coutelleries, magasins indépendants, chaînes et grands magasins), 16 % pour les revendeurs (indépendants et cash & carry) spécialisés dans les métiers de bouche. Les ventes web représentent quant à elles 11 % (7 % en direct, 4 % en indirect). Le marché français est estimé à plus de 602 millions d’euros (prix consommateur) : ce chiffre inclut la marge des distributeurs, ainsi que les importations directes réalisées par divers grossistes et chaînes d’hypermarchés.  La part fabriquée en France et vendue sur le marché français est de l’ordre de 38 %. L’import (via les fabricants et des importateurs directs, qu’ils soient grossistes ou chaînes de détaillants ou hyper, etc.) représente donc 62 %.

Quelles seront les actions consécutives à ce travail ?

La réalisation de cette enquête a été l’occasion de mener de nombreux entretiens et séminaires de travail. Ceux-ci ont ouvert plusieurs perspectives d’actions : la mise en place d’une veille juridique (notamment afin d’être force de proposition si la réglementation devenait plus sévère en matière de port du couteau, d’ex-position et de vente en magasins, en salons et en foires, et d’analyser la façon dont elles sont abordées à l’étranger), la veille technologique relative aux matériaux, équipements et process, afin d’informer nos adhérents d’éventuelles avancées industrielles, la négociation tarifaire groupée pour des tests métallurgiques par exemple, la poursuite de nos actions sur la réactualisation des normes de coutellerie (avec la volonté d’être des acteurs actifs), la mise en place d’actions collectives de prospection à l’export… Plusieurs dossiers ont été déposés par la FFC en ce sens dans le cadre du programme Territoires d’industrie**. Autre sujet d’importance : renforcer les liens entre les différentes filières coutelières européennes : nous avons initié cela avec nos partenaires allemands en 2018 et souhaitons poursuivre cette démarche avec l’Italie, le Portugal et l’Espagne. Enfin, dans un souci de clarification, la FFC arbore un nouveau logo et procède à la refonte de son site internet. L’objectif est de diffuser des informations professionnelles aux adhérents sur un espace dédié et de proposer une partie accessible au grand public contenant l’histoire des bassins couteliers, des explications sur la fabrication et les termes techniques, et la présentation de nos adhérents avec des liens vers leurs sites propres. 

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CONTEXTE

En 2018, la FFC a initié une enquête sur le marché français de la coutellerie et des couverts, la profession ne disposant pas d’éléments d’information précis sur le périmètre couteaux et couverts. Objectif : déterminer le nombre d’entreprises, de salariés, la part de l’import et de l’export, les chiffres par typologie de produits (poche, ménage, couverts, secteur professionnel, couverts inox et couleur, etc.), les chiffres par réseaux de distribution (détaillants, grossistes, grande distribution, e-commerce, etc.), par bassin de production. L’idée était aussi d’appréhender la part des ventes réalisées par l’import direct (grossistes, autres fabricants, distribution, etc.), donc du marché global français. Menée et financée par l’Union des industries métallurgiques et minières (UIMM), cette enquête a été publiée en juin dernier et sera idéalement mise à jour tous les 3 ou 4 ans.

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Par ailleurs, en 2018, la FFC annonçait un projet de charte destinée à lutter contre le marquage “confusant”. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Ce texte a été adopté à l’unanimité lors de l’assemblée générale de la FFC en juin dernier. Les législations françaises et européennes n’imposent pas, contrairement à certains pays (tels que les États-Unis), d’apposer sur les produits mis en vente l’origine géographique de fabrication. La FFC estime que cette information renseignerait utilement les consommateurs, et s’associera à toute initiative pouvant tendre vers l’obligation de ce marquage a minima au niveau européen. Pour cela, elle souhaite agir et propose désormais à ses adhérents, voire à l’ensemble de la profession et aux autres fédérations professionnelles européennes, une charte destinée à lutter contre les marquages ou les mises en scène suggérant au consommateur que le produit est fabriqué dans un certain pays, alors qu’il est réellement fabriqué dans un autre pays. Cette charte n’a certes pas de valeur juridique mais y adhérer est un engagement moral de respect envers le consommateur, mais aussi envers les divers acteurs du marché (acheteurs, distributeurs, concurrents, presse, etc.).

APPROCHE DES CHIFFRES D'AFFAIRES DES FABRICANTS FRANÇAIS (AU 31/07/2019)

Source : étude Katalyse, en partenariat avec l’Union des industries des métiers de la métallurgie (UIMM) et son observatoire des métiers de la métallurgie, à la demande de la Fédération française de la coutellerie.

Part du chiffre d’affaires HT exporté (65 000 000 €)

* Dont environ 102 millions d'euros issus de produits fabriqués en France + 82 millions d'euros importés par les fabricants 







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