Avec Langwater, Bastide 1880 élargit son offre à une nouvelle catégorie de produits : les systèmes d
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USTENSILES : COMMENT VENDRE LA QUALITÉ DU GESTE ?
Si l'ergonomie fait partie du quotidien en passant inaperçue, elle occupe pourtant une place importante au moment de la conception d’un produit. Entre innovation, bénéfices invisibles et design attractif, comment en parler en boutique ? Offrir International s’est glissé dans les coulisses de fabrication des marques.
Si on a l'impression que l'ergonomie a toujours été là, il n'en est rien. Dérivé du grec ergon (« travail ») et nomos (« règles »), le terme est apparu en 1857 et ce n'est qu'à partir de la seconde moitié du XXe siècle que le champ disciplinaire se développe massivement pour adapter les équipements complexes (notamment militaires et aéronautiques) aux capacités humaines et préserver la santé des travailleurs.
« Deux grands courants se sont longtemps distingués : d'une part l'ergonomie de langue française ; d'autre part l'ergonomie anglo-saxonne, explique Jean-Claude Sagot, professeur émérite à l'UTBM dans le domaine de l'ergonomie et de la conception et qui est à l'origine de la seule formation en France associant mécanique et ergonomie. La bonne conception est évidemment une combinaison des deux courants pour imaginer un produit adapté à l'utilisateur avec différents objectifs : améliorer sa santé et sa sécurité (prévenir la fatigue excessive, les blessures et les troubles musculosquelettiques), optimiser son confort (rendre les tâches, les postes de travail et les équipements plus agréables à utiliser) et garantir l'efficacité (meilleure productivité). Tout cela, sans négliger le design ou l'esthétique. »
Omniprésente, au rayon cuisine, celle-ci a toute son importance et fait même l'originalité de nombreux produits.
DES HISTOIRES À RACONTER
Dans une vitrine, en cuisine, sur une table, si l'univers culinaire se donne à voir de 1 001 façons, il n'est pas toujours évident de valoriser le côté plus technique et particulièrement l'ergonomie. Pourtant, celle-ci est parfois l'ADN d'une marque et donne lieu à de beaux récits.
Ainsi, Cristel, qui fête 200 ans de savoir-faire français cette année, a fait de l'ergonomie de sa fameuse poignée sa marque de fabrique. « Qu'elle soit amovible ou fixe, la poignée est au cœur de notre design produit. Celui-ci est d'ailleurs en premier lieu défini par l'utilisation et l'ergonomie, explique Damien Dodane, directeur général délégué de Cristel. Mon père, Paul Dodane, a créé la première poignée amovible en 1986. Celle-ci était en inox avec deux plaques de Thermodur et se composait de 16 pièces assemblées. En 2026, nous la réinterprétons avec le designer Noé Duchaufour-Lawrance. »
Une première pour la marque qui, jusqu'à présent, n'avait jamais fait intervenir de personne extérieure aux côtés des équipes sur ses collections.
Réalisée en bois pour réchauffer l'inox des ustensiles de cuisson, la nouvelle poignée ne comporte plus que trois pièces et un ressort. « Elle a été simplifiée au maximum et a demandé une année de travail à nos équipes. Tout cela a été rendu possible car nous sommes fabricants et que nous travaillons tous les jours sur l'outil, souligne Damien Dodane. L'assemblage se fait encore ici, à Fesches-le-Châtel dans le Doubs, de façon manuelle et contrôlée. Nous sommes fiers de dire que nous produisons 80% des produits de notre catalogue. »
De quoi valoriser la marque en magasin et donner lieu à des échanges fournis et c'est valable pour de nombreux acteurs. Chez Oxo, l'ergonomie n'est pas une caractéristique parmi d'autres, « c'est le point de départ de toute notre démarche de conception », raconte Romain Barth, senior sales manager EMEA de la marque américaine.
L'histoire débute en 1990 lorsque son fondateur, Sam Farber, constate que son épouse, atteinte d'une légère arthrite, éprouve des difficultés à utiliser un éplucheur traditionnel. « Cette observation l'a conduit à la création du premier produit : l'éplucheur à lame oscillante, qui a modifié le geste d'éplucher, poursuit Romain Barth.
Premier de son genre, celui-ci associe une lame performante à une poignée ergonomique en Santoprène, un matériau souple et antidérapant offrant une prise en main sûre et confortable, même avec les mains mouillées. Sa forme généreuse permet également de réduire l'effort de préhension et d'améliorer le confort lors d'utilisations prolongées ou répétitives. Tandis que les petits coussins souples intégrés sur les côtés du manche absorbent et répartissent la pression exercée par la main et limitent les points de tension pour un confort supplémentaire. »
Et cette attention portée aux moindres détails continue aujourd'hui d'inspirer l'ensemble des développements produits. « Pour nous, l'ergonomie consiste à concevoir des produits qui s'adaptent naturellement à l'utilisateur et non l'inverse. Nous travaillons selon les principes de l'"universal design", c'est-à-dire un design pensé pour être confortable, intuitif et accessible au plus grand nombre, quel que soit l'âge, la force ou la dextérité de chacun », poursuit Romain Barth. Depuis, l'éplucheur a fait des émules et Oxo ne s'est pas arrêté là.
Parmi les best de la marque, citons l'essoreuse à salade (dotée d'un mécanisme à bouton-poussoir simple et efficace), les boîtes de conservation Pop (qui s'ouvrent et se ferment d'une seule pression) ou encore les ouvre-boîtes, les fouets, les râpes et les ustensiles de préparation équipés de poignées confortables et antidérapantes.
Cette logique rapportée aux irritants du quotidien guide également les développements de Moha! : « Notre démarche consiste généralement à partir d'un problème concret rencontré en cuisine, lié à la sécurité ou à la facilité d'utilisation, puis à concevoir un ustensile qui y répond simplement », explique Blanche Tschantz, responsable marketing kitchen de A. Marchon SA, qui détient, entre autres, la marque Moha!.
Les produits sont développés en Suisse avec des designers locaux. « L'ouvre-boîte de sécurité Seguro est par exemple conçu pour éviter les coupures : il découpe le bord extérieur de la boîte sans laisser d'arête tranchante. La marque a ensuite prolongé le principe avec Duo qui ajoute une fonction ouvre-bocal. Autre illustration avec l'éplucheur Reverso qui répond aux différentes préférences d'épluchage », poursuit Blanche Tschantz.
Grâce à un mécanisme de pivot, cet éplucheur peut être utilisé avec une lame droite ou transversale selon le geste préféré de l'utilisateur et/ou l'aliment à préparer. Deux produits qui traduisent le parti pris de Moha! : intervenir sur le geste pour rendre l'usage plus intuitif et plus sûr.
Autre outil de valorisation, les prix reçus par certaines marques peuvent également être racontés. Parmi les habitués, Zyliss peut se targuer d'être régulièrement récompensé pour la conception de ses produits.
En 2026, c'est le cas du presse-ail Susi 4 qui a reçu plusieurs distinctions dont le Red Dot Product Design Award, l'IHA Global Innovation Award (GIA) ou encore l'iF Design Award.
Icône de la cuisine depuis plus de 75 ans, son design original a été créé par le fondateur de Zyliss (l'inventeur suisse Karl Zysset), qui s'est inspiré du mécanisme d'une poignée de vélo et de son frein.
Une influence encore visible mais revue grâce à des améliorations bien pensées. « L'idée était de rendre le pressage de l'ail plus rapide, plus propre et plus facile, souligne Paul Baines, global research & development manager chez Zyliss. Fabriqué en fonte d'aluminium robuste et doté d'un revêtement antiadhésif sans PFAS, le Susi 4 allie légèreté et durabilité grâce à ses poignées allongées et ergonomiques qui offrent un meilleur effet de levier et réduisent la fatigue des mains, permettent d'écraser sans effort même de grosses gousses d'ail, sans avoir à les éplucher. »
INTERAGIR AVEC LE CLIENT
Après Culinarion à Clermont-Ferrand en 2019 et Ambiance & Styles à Vichy en 2022, Anne-Laure Munoz et Miguel Tabeayo ont ouvert un magasin Ambiance & Styles à Riom-Malauzat en avril 2026. Leur approche ? « Nous renseignons le client mais nous allons au-delà en expliquant le savoir-faire d'une marque, son histoire, sans compter que nous avons la chance d'aller visiter les usines de celles que nous vendons », témoigne Miguel Tabeayo, par ailleurs titulaire d'un CAP boulangerie-pâtisserie et passionné de savoir-faire. « Nous proposons des animations et je n'hésite pas à faire des démonstrations afin d'aider un client à mieux utiliser un produit. » Entreprenant, Miguel Tabeayo peut réaliser des crêpes en magasin pour montrer l'utilisation d'une poêle ou utiliser des légumes pour valoriser une mandoline. « En magasin, tout n'est pas en libre-service. À nous de questionner, de proposer et surtout de mettre en main, assure-t-il. Un client satisfait de son achat revient et certains nous font des retours produits. Aujourd'hui nous sommes des commerces de proximité où l'échange est central. »
R&D EN FORCE
Des innovations qui se font grâce, en interne, à des bureaux et services de R&D qui mixent innovation et conception, études de faisabilité, prototypage et industrialisation.
« Au siège français, tout commence par une réunion hebdomadaire avec les équipes, confie Jérôme Brutus, directeur commercial France de la marque espagnole Arcos.
Les remontées de nos commerciaux sur le terrain, les professionnels et les tendances de consommation font émerger des besoins et des idées de nouveaux produits.
Si le but est la vente en retail, nous répondons aussi à des demandes de l'agroalimentaire par exemple. Ainsi, il y a cinq ans, pour des abattoirs et des ateliers de transformation, nous avons créé une gamme de couteaux professionnels.
Cela a pris du temps car nous sommes allés rencontrer les opérateurs et les différents métiers. Hygiène, satisfaction, sécurité ou encore troubles musculosquelettiques : nous avons combiné les objectifs pour produire des couteaux à manche bi-matière pour lesquels le brevet Bactiproof Silver a été déposé.
Ce système antibactérien à base d'ions d'argent, directement injecté et mélangé au polypropylène du manche avant son moulage, ne s'estompe pas au fil des lavages et freine et réduit jusqu'à 99,9% la prolifération des bactéries à la surface du manche.
Il y a deux ans, nous avons adapté ce procédé à une gamme proposée dans le retail. C'est un bon exemple de la réussite de notre bureau R&D. »
« Chaque projet met environ un an à voir le jour, explique de son côté Mathilde Kocher, chef de produit chez Déglon. Nos derniers développements jouent la continuité du travail commencé par Thierry Déglon en 1996 au sein de la gamme Stop'Glisse et l'enrichissement de notre gamme pâtisserie. Si les briefs de départ partent des constats des professionnels, ce sont avant tout des outils que chacun doit pouvoir s'approprier. »
Parmi les derniers lancements, en 2026, la série Stop'Glisse s'est dotée d'un fouet pâtissier et récemment d'une marysette. Déglon surfe également sur les nouvelles tendances de consommation. « Dernièrement le pâté en croûte a fait son retour en force auprès des chefs, poursuit Mathilde Kocher. Nous avons créé un couteau dédié à lame à bout rond, crantée et alvéolée de 28 cm pour une coupe propre qui n'abîme pas la viande. »
Enfin, observer l'existant et l'améliorer fait également partie des réflexions des marques. « Si le produit que nous envisageons de créer ou d'améliorer existe déjà, nous recueillons des retours d'utilisateurs (en ligne et hors ligne) et nous nous procurons les meilleurs exemples du marché pour les étudier, les comprendre et identifier les points de friction, afin d'apporter des améliorations à notre futur produit, explique Paul Baines chez Zyliss.
Nous organisons des journées d'ateliers dans nos bureaux du monde entier, durant lesquelles divers utilisateurs, y compris des collaborateurs issus d'autres services que celui du produit, pour tester et manipuler. Nous bénéficions ainsi d'un échantillon varié en termes d'âge, de sexe, de taille de main, de force de préhension, etc., pour évaluer l'ergonomie et la facilité d'utilisation. Cette démarche permet de gagner du temps lors du développement et donne à l'équipe l'occasion de se prononcer sur l'efficacité des produits concurrents existants. »
RENDRE VISIBLE L'INVISIBLE
En boutiques et en magasins, tout l'art consiste à faire comprendre et tester justement ces innovations qui ne se voient pas forcément du premier coup d'œil et où le design et la couleur priment. « Chaque ustensile et surtout chaque couteau sont le prolongement de la main, ils doivent être ressentis comme facilitateur du geste, souligne Mathilde Kocher (Déglon). J'aime dire qu'une bonne ergonomie se fait oublier. C'est un manche adapté à une main, un équilibre dans le porté du produit, de la légèreté, un matériau agréable et différentes astuces qui facilitent l'usage de l'utilisateur. »
De quoi échanger en magasin et informer les clients. « Je dis toujours que nous sommes des techniciens avant d'être des vendeurs, témoigne Miguel Tabeayo à la tête de trois magasins du réseau EK France. Tous les produits que nous vendons fonctionnent. C'est donc à nous d'aiguiller le client pour qu'il reparte avec celui qui lui convient et sera le plus approprié à ses besoins. Chaque vendeur doit savoir raconter la marque, expliquer les bénéfices d'un produit, et même faire une démonstration avec ce dernier, avant de le mettre dans les mains du client pour qu'il se forge lui-même son avis. »
Un sentiment partagé par Romain Barth (Oxo). « C'est à l'usage que l'on sent l'ergonomie : moins d'effort, plus de contrôle, davantage de confort et un geste plus naturel. Elle n'a donc pas toujours besoin d'être expliquée et lorsqu'elle est réussie, elle devient presque invisible parce qu'elle rend l'utilisation simple, naturelle et évidente. Finalement, ce n'est pas seulement le produit que l'on remarque, mais le fait que la tâche elle-même devient plus facile et plus agréable à accomplir. »
Enfin, l'esthétique permet aussi de créer le premier lien avant de révéler l'ergonomie. « Les ustensiles Rosti sont conçus pour répondre à des besoins et des tendances de consommation, tout en mettant en avant l'ADN de la marque, fondé sur l'esthétisme par la pluralité de couleurs, la durabilité, et la fonctionnalité, conclut Kasper Egelund Nissen, responsable du développement Rosti.
Notre best-seller est sans aucun doute la gamme Margrethe : une collection de bols à mixer, déclinée en 8 tailles et 10 couleurs.
Son design réside dans une forme identifiable où l'ergonomie (bec verseur, poignée, base antidérapante, et surtout une forme ronde agréable et pratique en main) a été pensée dès sa création dans les années 1950. Un bel exemple de longévité qui continue de travailler son image. »
Ainsi, les bols Margrethe accompagnent les pâtissiers amateurs de l'émission Le Meilleur Pâtissier sur M6 depuis trois saisons déjà. Encore une belle histoire à raconter en magasin !
TOMATTO : L'ERGONOMIE TESTÉE EN CONDITIONS RÉELLES
La marque Tomatto développe des ustensiles de cuisine et des équipements destinés aux professionnels de l'hôtellerie-restauration ainsi qu'aux particuliers. Fabriqués par F.lli Rivadossi Srl dans la province italienne de Brescia, ses produits (moulins à légumes, pinces de service, plateaux et autres accessoires) sont conçus avec une attention particulière portée à l'ergonomie : la forme des poignées, la répartition du poids et l'équilibre général sont étudiés afin de limiter la fatigue de la main et d'améliorer la précision lors des gestes répétitifs. Objectif : proposer une prise en main intuitive, adaptée à des usages réguliers ou intensifs. Un travail qui se prolonge au sein de colLAB, l'espace de test et de cocréation de la marque. Les prototypes y sont évalués avec des chefs professionnels et des blogueurs culinaires, dans des conditions proches de l'usage réel. Ces essais portent notamment sur l'usage, la résistance, la durabilité et le fonctionnement des mécanismes, afin d'identifier d'éventuels points de friction et d'ajuster les produits avant leur mise sur le marché.