Stable, le marché du linge de table ne cesse de se renouveler. Entre grands noms et jeunes marques,
Dossier
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LINGE DE TABLE : DU SIMPLE ACCESSOIRE AU LEVIER DE DIFFÉRENCIATION
Un temps relégué au rang d’accessoire, le textile de table revient au centre de la scène, redevenant un enjeu stratégique pour les marques comme pour les distributeurs. Si ces dernières années, le marché s’est révélé tout sauf linéaire, un mouvement de fond se dessine pourtant nettement : retour de la convivialité à domicile, montée en gamme de l’art de la table et essor des “tables à vivre” ultra-photogéniques, pensées autant pour son plaisir que pour celui des invités.
Ces dernières années, dans l’art de la table, le véritable luxe ne s'est pas exprimé dans l’accumulation de nappes et de superpositions, mais plutôt dans la mise en valeur de la matière brute. Le bois, le marbre ou la céramique ont longtemps suffi à incarner l'authenticité et le retour au geste artisanal. Pour autant, face à cette table volontairement nue, le linge n'a pas disparu : plutôt discret et disséminé avec parcimonie, il semblerait qu’il signe aujourd’hui un retour.
Les nappes et les chemins de table en lin lavé forment désormais un vocabulaire tactile et parfois un habillage intégral, apportant de la douceur, de la couleur et du confort.
Dans cette tension assumée entre matière brute, textile mesuré ou table totalement drapée, se dessine un nouveau code de réception. « Pendant la pandémie de covid-19, Le Jacquard Français ne vendait plus beaucoup de nappes de cérémonie ni de grands formats ;
En revanche, les produits de cuisine (tabliers, torchons) et les nappes enduites pour un usage quotidien ont explosé », rappelle Béatrice Brandt, directrice générale Le Jacquard Français. Celle-ci constate aujourd'hui « un retour des nappes XL pour les grandes tablées, avec moins d’enduit et davantage de sets de table ».
Ce retour du repas à domicile tient selon elle autant à la conjoncture qu’à une dimension émotionnelle : « Je crois qu'il y a un temps pour tout : Après avoir beaucoup fréquenté les restaurants pendant quelques années, les consommateurs ont désormais à nouveau envie de recevoir, par bienveillance, pour montrer à leurs invités à quel point ils comptent pour eux », poursuit-elle.
Ce regain d’intérêt, d’autres marques patrimoniales en témoignent. « En 2025 nous avons enregistré une nette progression, avec de plus en plus d’achats internationaux, en particulier en Europe et aux États-Unis », souligne Camille Prat, responsable communication chez Tissage Moutet. Pour autant, il convient de rester prudent : ce réveil du linge de table s'opère alors même qu'une partie du grand public continue de le percevoir comme une catégorie secondaire, souvent achetée en promotion.
Les enseignes et les marques, quant à elles, y voient désormais un puissant levier de différenciation visuelle, de storytelling et de valeur perçue.
Pour Maud Balagna, fondatrice de Tométe, ce décalage a justement ouvert un espace à investir : « Dans le linge de maison - et j’ai commencé par le linge de table - il y avait des choses à faire. Dans des prix qui restent accessibles, l’offre était assez standard », explique-t-elle, rappelant combien « le linge de table représente la culture française, l'art de vivre autour de la table, de recevoir ».
Fondateur et CEO d’Haomy, Lionel Dubos nuance quelque peu : « Nous observons une demande stable, mais avec une montée en valeur.
Le consommateur achète peut-être moins souvent mais mieux : des pièces plus qualitatives fabriquées à partir de matières nobles telles que le lin. Côté styles, la demande se concentre sur des produits intemporels aux coloris tendances et des pièces plus niche avec des motifs exclusifs.
Les circuits les plus dynamiques restent les boutiques indépendantes, les concept-stores et les enseignes premium qui savent raconter une histoire et donner du sens au produit. Le linge de table fonctionne particulièrement bien quand il est intégré dans un univers global de décoration. »
À l'instar de Lionel Dubos, la plupart des acteurs constatent que les achats sont désormais davantage guidés par la recherche de polyvalence et de durabilité que par la célébration de grands temps forts. Le linge de table, qui se renouvelle moins souvent que la vaisselle ou les accessoires décoratifs, occupe ainsi une place singulière dans la mise en scène de la table.
« Une fois que les clients sont équipés, ils en achètent moins, d’autant que nous avons à cœur de fabriquer des produits durables, et c’est une très bonne chose », résume Béatrice Brandt.
Bien entendu, tous les goûts sont dans la nature et, pour en satisfaire un maximum, et convertir autant que possible, il semble nécessaire de proposer une gamme variée. « Grâce à la largeur de notre éventail, nos produits s’adaptent facilement à tous types de vaisselle, qu’elle soit unie ou décorée. La serviette peut également être détournée de son usage premier, en set ou en centre de table, permettant ainsi de personnaliser et de renouveler l’ambiance d’une table au fil des saisons, des envies et des lieux, sans changer la vaisselle », témoigne Valérie Sturlese-Paviot, dirigeante de Françoise Paviot, marque spécialiste du linge de table en intissé à usage unique.
ENTRE TRADITION ET COLLABORATIONS INSPIRÉES
La construction d'une offre sélective et lisible repose sur la hiérarchie et la clarté : privilégier quelques lignes piliers, bien déclinées, à une profusion de références. Béatrice Brandt distingue deux segments complémentaires : « Il y a deux approches : les grandes nappes de cérémonie blanches, écru ou ivoire avec un jacquard discret, qui représentent une grosse partie du chiffre d’affaires, et des nappes accessoires de décoration pour les amoureux du Jacquard Français. »
De son côté, Camille Prat souligne la richesse des racines : « Sur le linge basque, nous partons du coutil rouge ou vert, le grand classique que tout le monde avait en 1800, puis des rayures déclinées à partir des années 1920 que nous continuons de renouveler. »Chez Tissage de Luz, l’ancrage basque sert de tremplin : « Lorsque nous travaillons des rayures bayadères ou des toiles métis coton et lin, nous ne cherchons pas à reproduire un imaginaire régional figé. »
Nous puisons avant tout dans nos archives familiales, dans des équilibres de couleurs, de rythmes et de trames qui ont traversé le temps », témoigne Jérôme Fanfare, dirigeant de Tissage de Luz.
Le linge de table est aussi un terrain fertile pour les collaborations, permettant de créer des collections signatures et d’ancrer les marques dans l'air du temps. Béatrice Brandt cite plusieurs exemples : « Nous parvenons toujours à nous inscrire dans les tendances, des plus nature aux plus pop : par exemple avec une collection très colorée comme Alegria, ou des collaborations comme celle avec Julien Sebban. »
Chez Tométe, le travail en édition limitée est un levier de désir. « Nous avons lancé une collaboration avec Jars en novembre : une petite capsule avec un pichet Jars et des dessous de verre dans des coloris assortis aux pichets », illustre Maud Balagna.
Enfin, chez Tissage Moutet, la création est au cœur de l'identité de la marque. « Pour nourrir cette exigence, notre directrice artistique, Laura Olès, s’attache à imaginer des collaborations fortes avec des créateurs dont l'univers fait écho à notre savoir-faire. C’est dans cet esprit que s’inscrit notre dernière collaboration avec le designer Baptiste Vandaele », explique Camille Prat, responsable communication chez Tissage Moutet. La maison a même investi le champ culturel : « La gamme Toiles de maîtres adapte des œuvres comme le Nu bleu de Matisse en tissage jacquard : ces pièces habillent la table tout en nous offrant une présence dans des boutiques de musées de renom tels que le MoMA ou le Rijksmuseum à Amsterdam. »
MATIERES RESPONSABLES ET ECRITURES TEXTILES IDENTIFIABLES
En 2026, les pistes de croissance du linge de table s’articulent d’abord autour de l’offre produit, avec un accent sur les matières responsables et les écritures textiles identifiables.
Le lin européen qui représente la majorité de la production mondiale s'impose comme incontournable : « Le Jacquard Français privilégie le lin pour ses vertus environnementales et pour la beauté du rendu : des produits très fluides, doux, luxueux, avec des motifs qui ressortent bien sans être trop brillants », souligne Béatrice Brandt (Le Jacquard Français), qui pousse plus loin la démarche avec une collection baptisée Dune.
« Celle-ci est réalisée à partir de nos chutes de production : nous recyclons nos fausses lisières en fil de très bonne qualité, avec 50 % de fibres recyclées et 50 % de fibres vierges pour l’instant », explique-t-elle.
Même exigence chez les jeunes acteurs : « Les valeurs de la marque consistent à produire du beau et du bien fait, uniquement à partir de matières naturelles : sur le linge de table, c'est uniquement du lin », fait valoir Maud Balagna (Tomete) qui construit sa différenciation sur une écriture forte, le feston. « J’ai lancé la signature festonnée dès le départ. J’ai voulu la réinterpréter de manière intemporelle, avec des jeux de couleurs ton sur ton ou bicolores. » La bordure en dents arrondies, comme une petite guirlande régulière, s’impose ces temps-ci comme une finition star du linge de table, à mi-chemin entre détail couture et clin d’œil rétro, qui permet de “signer” une nappe ou une serviette sans passer par l’imprimé. Le patchwork et la broderie ont, aussi, le vent en poupe.
Ces innovations produits répondent à des usages en mutation, entre hybridation des espaces et table-scène sociale pour les brunchs, les apéritifs dînatoires ou les repas informels. Les formats alternatifs y trouvent un terrain fertile : « Les sets de table progressent depuis des années, en lien avec le marché du mobilier : les consommateurs achètent de belles tables et veulent les montrer, donc ils préfèrent des sets, voire parfois ne rien mettre du tout », constate Béatrice Brandt qui note aussi que « l'usage pratique de l'enduit continue, mais plutôt sur de petites pièces que sur de grandes nappes ».
Pour les points de vente, ces évolutions ouvrent de nouvelles opportunités commerciales, condition de scénariser l'offre et de l’inscrire dans des rendez-vous récurrents. Les collections coordonnées et bien segmentées permettent de parler à plusieurs clientèles avec une même base textile : « Nos clients revendeurs apprécient de pouvoir, avec nos collections, adresser des cibles très différentes : d’un côté des rayures douces esprit slow life, de l’autre des gammes très pop telles qu’Alegria », explique Béatrice Brandt, qui rappelle que
« les produits Le Jacquard Français sont également beaucoup achetés en guise de cadeau : la maman va offrir Alegria à ses enfants, Dune à son fils, Été Indien à elle-même... ». Chez Tomete, la logique cadeau tire aussi le développement : « Nos best-sellers, ce sont les sets de table, les dessous de verre et ensuite les serviettes : ce sont aussi des produits qui font de très bons cadeaux à l'instar des dessous de verre », note Maud Balagna.
LA PUISSANCE VISUELLE ET SENSORIELLE
D'UNE PIÈCE MAÎTRESSE
Argument de vente indétrônable, le linge de table, en particulier les nappes et les serviettes en tissu, joue un rôle essentiel dans l'ambiance d'une pièce à vivre. Une nappe peut transformer instantanément un repas banal en un instant mémorable. La couleur, la texture et le tombé du textile influencent notre perception de la qualité. Béatrice Brandt (Le Jacquard Français) souligne notamment l’impact d’un centre de table sur l’ambiance : « Un centre de table sur toute la longueur, quelques
bougies, quelques fleurs et le tour est joué : vous habillez votre table sans avoir à tout changer. » Cela met en avant l'importance d’un simple ajout pour créer une atmosphère chaleureuse. Les serviettes en tissu, quant à elles, sont souvent perçues comme un symbole de qualité et d'hospitalité.
La présentation d'un même service d’assiettes, selon la nappe choisie, montre à quel point un style peut se métamorphoser. Un simple changement de linge de table suffit à faire basculer l’atmosphère : du quotidien au festif, voire au chic. Béatrice Brandt évoque notamment l'aspect économique de cette transformation : « La nappe permet de changer sa décoration de table pour un coût maîtrisé. Moins cher encore, le chemin de table permet déjà de transformer complètement l'ambiance. » Le linge de table devient ainsi un outil accessible pour revitaliser l'espace. Maud Balagna (Tométe) renforce cette idée : « Les nappes restent un grand classique du vestiaire de la table, je n'ai aucune inquiétude sur le fait qu'elles retrouveront leur place, même si les sets ont pris de l’avance. »
Les acteurs du secteur sont unanimes, et envoient un message clair aux distributeurs : l'association de différents éléments de linge de table peut encourager les achats additionnels. Suggérer un ensemble cohérent (nappe, serviettes, sets et centre de table) permet non seulement d’améliorer l’esthétique, mais aussi de justifier une augmentation du panier moyen.
Dans ce panier, et comme évoqué précédemment, le set de table s’impose comme le symbole d’une nouvelle esthétique de la table : plus épurée, pratique et adaptée aux modes de vie urbains. Les formats individuels répondent parfaitement aux petits espaces et aux repas pris sur le pouce, sans pour autant renoncer à l'élégance. La tendance traduit un désir de simplicité fonctionnelle et de durabilité, face à la nappe traditionnelle jugée parfois trop formelle. Devenus best sellers chez Tométe, les sets de table incarnent cette nouvelle esthétique plus épurée et pratique : formats individuels adaptés aux petits espaces, entretien limité, modularité des compositions, sans renoncer à l’élégance.
Face au succès des sets, le chemin de table conserve une place de choix en tant qu’élément de composition et de créativité. Et pour cause, l’art de la table contemporaine se nourrit également de nouveaux gestes : jouer des superpositions avec un chemin de table ou des sous-assiettes, ou encore détourner les usages du textile pour donner du relief à la mise en scène, en jouant sur les contrastes de textures et de tonalités. Le mix & match devient la règle du jeu : combiner les imprimés, oser des matières naturelles ou enduites, tout en gardant un fil conducteur pour ne pas surcharger.
Pour Lionel Dubos (Haomy), tous les petits formats marquent des points. « Très clairement, les sets de table, les chemins de table et les serviettes gagnent du terrain chaque saison. Ils correspondent à des usages plus contemporains, plus modulables, et s’adaptent aussi bien aux tables des grandes occasions qu’aux tables du quotidien. Nous les mettons en scène en jouant sur la superposition, le mix & match de matériaux et de couleurs, en les associant à d’autres éléments de décoration. L’idée est de montrer qu’il n’y a pas qu’une seule façon de dresser la table et que toutes sortes de combinaisons existent. »
« La nappe permet de changer sa décoration de table pour un coût maîtrisé. Moins cher entendu, le chemin de table est déjà une solution accessible pour revitaliser l'espace. »
Cette tendance trouve un écho particulier chez Tissage Moulet, où Camille Prat évoque les mini-serviettes para-tapas, conçues pour les petites bouchées et les apéritifs. « Les convives apportent de la couleur et de la décoration à table avec des serviettes réutilisables et lavables », explique-t-elle, une approche à la fois ludique et responsable qui séduit ceux en quête de convivialité zéro déchet.
Une vision partagée par Lionel Dubos (Haomy). « Le linge de table est, aujourd’hui, l’un des leviers les plus accessibles pour transformer une table. C’est un excellent moyen de changer d’ambiance, en fonction d’une humeur ou d’une saison particulière, à moindre coût. C’est notamment le cas pour les consommateurs plus jeunes et plus urbains, qui aiment rafraîchir leur décoration, mixer les styles et apposer leur empreinte sur leur intérieur. Il suffit d’un chemin de table en lin, de sets dépareillés, et de textiles colorés pour apporter, facilement, de la personnalité et une créativité très spontanée. »
Les marques accompagnent désormais les consommateurs dans cette démarche avec des propositions de vente clés en main : trois ou quatre scénarios suffisent pour guider ceux qui souhaitent dresser une table attrayante sans les noyer sous trop d’options.
SIGNATURE STYLISTIQUE ET RSE : SE DIFFÉRENCIER PAR LE LINGE DE TABLE
Dans un marché saturé de références, le linge de table devient un marqueur d’identité visuelle à part entière, au même titre que la vaisselle ou le mobilier. Reflet du style et des valeurs de l’enseigne, il agit comme une carte d'identité textile, prolongeant la personnalité de la marque jusque sur la table du client. Pour qu'il joue pleinement ce rôle, mieux vaut présenter les modèles dépliés dès que l’espace et la configuration de la boutique le permettent.
« Chez Françoise Paviot, les collections thématiques permettent une animation continue des points de vente tout au long de l’année, témoigne Valérie Sturlèse-Paviot. Grâce à nos différents types de présentoirs, et en particulier notre tourniquet mobile, les boutiques et les enseignes peuvent valoriser facilement nos produits en permanence, au-delà des seuls temps forts saisonniers. Évidemment, les vendeurs disposent d’une totale liberté dans la présentation de nos collections. Ils peuvent néanmoins s’inspirer de nos photos d’ambiance et de nos mises en scène pour créer des scénarios de table harmonieux et inspirants, associant la vaisselle, les accessoires et les serviettes. »
Même démarche chez Haomy : « Nous travaillons main dans la main avec nos revendeurs pour intégrer le linge de table dans leur scénographie globale. Nous les accompagnons avec des propositions d’assortiments cohérentes, des palettes de couleurs pensées par saison, et des conseils de mise en scène. »
C’est évidemment la meilleure manière de convertir. Les distributeurs et les marques le savent. Inauguré fin juillet, le nouveau vaisseau amiral Le Jacquard Français s'inscrit dans un bâtiment historique du quartier de Saint-Germain-des-Prés, au 28 rue Bonaparte. Pensé comme une maison de famille contemporaine, le lieu déploie un parcours immersif et sensoriel sur deux niveaux où matières nobles, mobilier sur mesure et scénographie vivante offrent un nouveau regard sur le savoir-faire textile et les collections de la maison. « Il donne à voir une vraie mise en scène où l’on se sent chez soi, et cela fonctionne très bien », explique Béatrice Brandt. Cette approche chaleureuse et immersive illustre la tendance actuelle : créer un décor
Vivant où les textiles racontent une histoire. Couleurs, matières, motifs ou savoir-faire deviennent ainsi des outils de signature.
Évidemment, si la projection d'une table parfaitement dressée pour styliser son intérieur est le premier motif d'achat, dans un contexte où transparence et traçabilité deviennent des critères majeurs, la provenance des fibres et la localisation de la fabrication constituent désormais des arguments centraux pour les marques de linge de table. Sa praticité d'entretien et son caractère protecteur sont autant d'autres critères, tout comme le caractère éco-responsable. Et pour cause, le consommateur est de plus en plus attentif à l'origine du lin, à la certification des cotons utilisés, à la démarche environnementale des ateliers et au caractère local ou européen de la production.
« Nous avons réalisé tout un travail d'éco-conception de nos produits en 2025, avec la société La Belle Empreinte : pour chaque produit, nous affichons l'empreinte carbone et l'empreinte eau bleue sur notre site », explique Béatrice Brandt. Une démarche pionnière qui illustre la professionnalisation du discours écologique dans le textile d'intérieur. La même entreprise revendique une parfaite cohérence entre la matière et la fabrication : « Le lin que nous utilisons est labellisé Masters of Linen, et nous sommes Entreprise du patrimoine vivant : notre approche RSE répond donc à une réelle cohérence. » Un engagement du champ à la table, qui inscrit la durabilité au cœur de la valeur perçue.
Chez Tométe, Maud Balagna insiste sur la dimension locale de la matière première : « Sur le linge de table, c’est uniquement du lin, une matière très locale qui pousse essentiellement en Normandie : avec la Belgique, ce sont 80 % de la production mondiale. » Maud Balagna veille également à limiter les transports et à privilégier des partenaires de confiance : « Nos ateliers sont en France et au Portugal : l'idée est de travailler avec une empreinte carbone la plus limitée possible. »
La responsabilité s’affirme aussi comme un argument structurant chez Tissage de Luz : « Produire en France fait partie de notre ADN. Tissage de Luz est certifié Origine France Garantie pour l'ensemble de ses toiles depuis 2014, et nous créons, teignons, ourdissons, tissons et confectionnons tous nos produits en France », rappelle Jérôme Fanfare. Le coton biologique certifié GOTS, la sélection rigoureuse du lin et les procédés d’ennoblissement maîtrisés complètent cette démarche, expliquée de manière factuelle en point de vente pour aider les équipes à justifier le prix.
Du côté de Tissage Moutet, la fabrication ancrée dans le territoire reste un pilier identitaire. Camille Prat souligne la valeur des labels pour renforcer cette reconnaissance : « Les labels Entreprise du patrimoine vivant et Indication géographique Linge basque sont reconnus des professionnels et des revendeurs spécialisés. » Ces distinctions ne sont pas que symboliques ; elles garantissent la traçabilité et la justesse du geste artisanal : « L'indication géographique garantit que tout est fabriqué dans les Pyrénées-Atlantiques, de la création au tissage et à la confection : nous ne sommes plus que deux à tisser réellement du linge basque. » Au-delà des labels, la question de la communication claire sur l'origine devient stratégique. Les marques misent de plus en plus sur des étiquettes détaillées et des supports de vente pédagogiques, capables d'expliquer en quoi un produit local, certifié et durable justifie son prix.
En quelques saisons, le linge de table est passé du statut d’accessoire discret à celui de marqueur central de l'expérience de la table. Montée en gamme, signatures textiles et exigence de transparence en font un support clé de valeur perçue. Pour les marques et les distributeurs, l’enjeu est de transformer les nappes, les sets et les chemins de table en véritables pièces d'identité et scénarisées. Dans un contexte d'affichage environnemental et de fibres responsables, le linge de table s'envisage comme un terrain privilégié pour imaginer de nouveaux concepts de mise en scène et de services à forte valeur ajoutée.