Dossier

L’art de la table : durable, nature et… décomplexé !

23 decembre 2022

Le grand phénomène est incontestablement le mix & match. Si la tendance est au durable, au made in France voire au local, elle tend surtout vers le personnalisé. Mais au-delà du choix des produits, la fantaisie s’exprime dans leur combinaison voire dans leur destination.

« Depuis un an, nous revenons à des émaux plus unis et purs, qui imitent la texture du bois pour le côté retour aux sources. », détaille Louis Ribet, country manager France de F&H Group. Ici, gamme Wood de Bitz. Prix public : 18,95 € l’assiette plate ø 27cm. 

Pour Blandine Franc, présidente de la commission développement France des arts de la table de Francéclat et directrice marketing international de Dior Maison, les attentes consommateur intègrent aujourd’hui beaucoup de pluralité. 

« La table complète d’une marque a laissé place au mix & match : un mélange d’assiettes, avec différents prix, marques, etc. Fini le tout Christofle, Bernardaud ou Degrenne ! » Selon elle, il ne s’agit pas forcément de mélanger de la porcelaine avec de la faïence, mais plutôt les effets au sein de la porcelaine, une pâte biscuit émaillé et non émaillé, par exemple. Toutes les marques sont ainsi poussées. Elles se mélangent, dans les styles, les designs et les finitions, et ont toutes du succès. Blandine Franc en veut pour preuve les chiffres de la production, qui connait une croissance de + 26 % de janvier à septembre 2022 en France : « C’est que cela répond à la demande des consommateurs. Aucune marque n’est laissée de côté. Les boutiques et la vente en ligne ont progressé. Le mix & match, on en parlait en termes de graphisme, aujourd’hui, il concerne aussi les budgets. » 

La nouvelle collection Bleu Nuit de Faïencerie Georges mélange 6 motifs. Prix public : 160 € les 6 assiettes ø 14 cm

La modernité se mélange aux candélabres, et, phénomène parallèle, on assiste à des détournements d’objets : une forme de coupe sert de saladier, de centre de table ou de panier à pain.

 « C’est intéressant de suggérer les idées pour les particuliers, souligne Olivier Perlo-Joncour, responsable marketing produit et innovation chez Degrenne. Par exemple, quand des chefs retournent des assiettes pour en faire des podiums et mettre en scène les mets… C’est un moyen de créer la surprise. Nous travaillons sur la versatilité de nos produits pour répondre à de nombreux usages, y compris les plus créatifs », explique-t-il.



Des produits coup de cœur

Pour créer la collection Ubuntu, lauréate dans la catégorie “excellent product Design” des German Design awards 2022, Nosse Ceramic studio s’est inspiré de la culture millénaire des peuples africains. Fabriqué au Portugal.

« Ce qui est certain, c’est que le consommateur a quitté la période du service à vaisselle de la même série de l’entrée au dessert, renchérit Louis Ribet, Country Manager chez F&H Group (qui détient notamment les marques Bitz, Hoptimist, Villa Collection et Zone Denmark). Le détaillant est capable de référencer certaines pièces creuses, une coupe, sans prendre toute la gamme. Il sait vendre un coup de cœur, ou un usage, car ce produit répond à une attente de sa clientèle. »



Effets de matière

Degrenne joue sur les effets de textures en associant les assiettes en porcelaine de Limoges Supernature Or et les couverts Aquatic Supernature. Prix publics : 93 € le set de 6 fourchettes, 49 € l’assiette ø 27 cm. 

Les effets de texture sont aussi une grande tendance, avec par exemple un effet mat brillant sur des unis, des “nude” ou des verts. 

« Notre collection de vaisselle Supernature associe la porcelaine immaculée de Limoges à un décor de stries de bois travaillé en empreinte dans la matière. Ce même décor est repris sur notre collection de couverts Aquatic Supernature, mettant en avant le savoir-faire de nos Manufactures. Des collections qui plaisent beaucoup », cite Olivier Perlo-Joncour.

La partie vaisselle présente un mix entre des effets de texture sur du blanc et de la couleur forte. Louis Ribet (F&H Group) pointe un intérêt pour la matière, la vaisselle faite main, et note que les “petits” céramistes ont du succès, avec un positionnement prix qui n’est pourtant pas à la portée de tous. 

« Le matériau phare de la vaisselle est la céramique, que ce soit porcelaine, faïence ou grès. Le deuxième matériau, c’est le verre, évidemment pour le pichet, la bouteille, les verres ou tasses, mais aussi les petits contenants ou les photophores ». Avec un point d’ancrage, selon lui : le jeu des matières. « La porcelaine, qui avait pu perdre du terrain, est en train de revenir. L’offre s’est étoffée, diversifiée, modernisée et de nouveaux acteurs sont (re)venus récemment dans le jeu avec une proposition différente. Après avoir vu de nombreux effets et matières casser les codes (grès, béton, bois, plastique), la dynamique est intéressante à suivre. La table est vivante, elle se nourrit de son époque, on le voit notamment par les nombreuses initiatives ou autres concours, qui suscitent l’intérêt du public. »


Du fabriqué en France au personnalisé en France

Best, collection d’assiettes en bois minimalistes et versatiles déclinées en 3 formes et 4 essences de bois, Tu Las. Prix public : 145 € le set de 3

Olivier Perlo-Joncour relève par ailleurs chez les consommateurs une volonté de produits issus de marques françaises, avec une production française, avec des produits authentiques qui ont une âme et mettant en avant les savoir-faire, parfois revisités. « Sur ces produits, même s’ils sont industriels, il faut que l’on sente le travail manuel réalisé au sein de nos manufactures », souligne Olivier Perlo-Joncour : « Un produit, sans être totalement artisanal, intègre souvent de nombreux savoir-faire manuels, par exemple des décors réalisée à la main et au pinceau, comme sur notre collection Réminiscence en porcelaine de Limoges

Sophie David, présidente Somexpo, abonde dans un sens proche. « Nous avons des exposants en vaisselle qui marchent bien, tels que Gwenn Créations. Celle-ci importe sa vaisselle, mais elle la cuit et la personnalise en France. » Car la personnalisation plaît. « Si un dessin est ajouté, une gravure, le consommateur est prêt à payer un peu plus cher pour que ce soit un objet unique. Cela permet aussi aux boutiques de choisir un motif, un texte différent de celles voisines », poursuit Sophie David. Selon elle, la tendance est au produit durable et quand c’est possible made in France… « Le plastique, c’est fini, les gourdes sont en inox, c’est un cadeau qui va rester et servir », note-t-elle.


L’écoconception pour coller aux attentes du consommateur et de la restauration

Mix and match des collections Grand Parc, Syracuse et Jardin de Louise pour une ambiance bohème chic chez la manufacture de porcelaine de Limoges Robert Haviland & C. Parlon. Prix public : à partir de 60 € l’unité

Le groupe Arc a initié pour sa part un programme d’écoconception il y a plus d'un an. « L’idée était de travailler sur un projet concret de développement pour s’assurer de pouvoir le développer sur d’autres produits et besoins, explique Gwenaëlle L’Hénoret, directrice marketing chez Arc. Ainsi nous nous sommes attelés à la restauration livrée à domicile. » 

La question : comment développer ces contenants livrés ? « Nous avons travaillé avec l’agence d’écoconception MU, note Virginie Bertoux, responsable d’Arc design. La première étape est la partie observation... Le réemploi se développe en restauration rapide, dans les bars à salades, les sandwicheries, ce sont des segments que nous n’adressions pas. » Pour développer ce segment du marché CHR qui utilisait jusqu’à présent principalement de la vaisselle à usage unique, Arc a lancé la collection de contenants en verre So Urban sous sa marque Arcoroc. 

« Nous avions déjà des collections de boites de conservation vendues au grand public. Mais dans le cadre de ce projet, nous avons étudié plus particulièrement les usages et les contraintes liées à la vente à emporter et à la livraison de plats à domicile. Nous avons récolté les besoins sur le parcours du produit, puis travaillé à la conception à partir de ces insights. » 

La collection de vaisselle en porcelaine Orion, au catalogue 2023 de S|P Collection, a été imaginée pour conférer à la table une atmosphère rêveuse et élégante. Son motif bohème est rehaussé de nuances de beige et de brun. Le mélange des couleurs et des textures permettant aux consommateurs de donner de la personnalité à leur table, cette gamme peut se conjuguer avec les collections Mielo Lagoon et Studio Urban Concrete de la marque

L’analyse du cycle de vie du produit détermine également les critères importants pour sa conception et sa fabrication : « Nous examinons les types de verres, les traitements thermiques, le poids du contenant, le type de couvercle. » 

Cette liste a permis de fixer le profil du produit : plus léger tout en restant résistant aux chocs, empilable donc permettant le gain de place, réduction du carton, pour un impact environnemental réduit. 

« L’objectif étant de prendre en compte le maximum de critères dans la conception du produit… Nous avons commencé par les contenants ronds et travaillons sur l'élargissement de la collection So Urban aux format carrés, rectangulaires. Nous avons par ailleurs optimisé le couvercle pour faciliter l'ouverture et la fermeture. »



Français et durable : le duo gagnant

L’art de la table chez Maison Colette regroupe des produits durables, souvent artisanaux, fabriqués en France, voire dans la région. « Le style est au naturel. J’essaie parfois des couleurs plus vives, mais cela se vend moins. Mes clients aiment les choses belles, artisanales et apprécient le côté nature, avec des teintes bois ou claires », observe Valérie Lemaître, fondatrice du magasin.

Chez Maison Colette qui a ouvert à Lille en 2020, tous les produits sont fabriqués en France et durables. Valérie Lemaitre, sa fondatrice, se réjouit de ce choix : « Il y avait une vraie attente. Les consommateurs veulent du made in France, et ils sont encore plus sensibles quand le produit est fabriqué à 15 km de Lille. Si le client hésite entre deux articles, il prendra celui qui est fabriqué le plus près. » Valérie Lemaitre a aussi noté la tendance au mélange et à l’achat unitaire. « La dernière fois, une cliente m’a acheté 4 ou 5 pièces, toutes différentes. Si la personne suivante en veut 6 et qu’il m’en reste 5, je dois commander, mais comme c’est de l’artisanat, c’est important d’avoir plein de propositions différentes. » Valérie Lemaitre propose aussi ses idées : « Si un client cherche un vase, mais apprécie une céramiste qui n’en propose pas, je lui suggère d’acheter un pichet et de le détourner. » Pour l’heure, la boutique est livrée mais « les céramistes commencent à manquer de matière première », nuance cependant la responsable. Côté verrerie, aucun problème, si ce n’est…l’augmentation des prix. C’est aussi le cas pour le linge de table… Et il faut bien répercuter la hausse à un moment !

A gauche :  Look glamour pour la nouvelle collection de verres soufflés Poesia de Leonardo qui s’adresse à une clientèle féminine. Existe également en rose. Prix public : 10,95 € la coupe à champagne 260 ml. - Centre Gauche : Coffret de 6 couteaux de table Le Thiers XL en bois mélangés (buis, olivier, pistachier, bubinga, wengue et ebene), Robert David. Prix public : 220 €. - Centre Droite : « Si une gravure ou un dessin est ajouté, le consommateur est prêt à payer un peu plus cher pour que ce soit un objet unique. Cela permet aussi aux boutiques de choisir un motif, un texte différent de celui de celle voisine », souligne Sophie David, présidente Somexpo. - A droite : Après le succès de Sense dans la catégorie de la petite coutellerie de cuisine, Jean Dubost décline cette collection au manche 100 % en plastique recyclé issu de déchets et fabriquée dans ses ateliers de Viscomtat en couverts de table


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