Maison Pichon : une reprise pour relancer le savoir-faire d’Uzès

06 juillet 2026

Reprise début 2026 après une procédure de redressement judiciaire, Maison Pichon engage une nouvelle étape de son histoire. Objectif pour les nouveaux associés : préserver l’identité provençale de cette manufacture fondée en 1802, tout en structurant davantage la production, la direction artistique et le développement commercial.

Maison Pichon entame cette année un nouveau chapitre : la manufacture de céramique d’Uzès (Gard) a été reprise le 1er janvier 2026 par trois associés : Sophie et Pierre-Jean Auriac, ainsi que Louise Jumelin, céramiste, désormais chargée de la direction artistique. Cette reprise est intervenue à la suite de l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire.
La maison, fondée en 1802 par la famille Pichon, est riche d’une histoire de plus de deux siècles de fabrication céramique à Uzès. Son histoire s’est construite autour de huit générations de céramistes, avant une première évolution au début des années 2020, avec l’entrée d’Athezza à son capital, aux côté de Christophe Pichon.
Pour les repreneurs, l’enjeu consiste aujourd’hui à maintenir la personnalité de la marque sans la figer. Maison Pichon conserve une identité traditionnelle et provençale, mais entend aussi déployer un potentiel d’évolution vers des formes, des usages et des couleurs plus actuels. « Nous souhaitons préserver la dimension artisanale qui confère leur cachet aux pièces, tout en structurant davantage les processus de fabrication afin de gagner en régularité, tant sur la qualité que sur les volumes produits », précise Sophie Auriac.


Un projet qui repose sur deux piliers : l’art de la table et le tressage. Ce dernier constitue le savoir-faire caractéristique de Maison Pichon. Les corbeilles tressées, réalisées à partir de cordons d’argile assemblés à la main, sont l’une des signatures les plus emblématiques de la maison, à la frontière entre objet d’usage et pièce décorative.


Les nouveaux associés veulent donc remettre davantage en avant ces corbeilles, notamment les modèles tressés qui concentrent une partie de la valeur patrimoniale de l’entreprise. Maison Pichon possède également plusieurs centaines de moules, issus d’une longue période de création familiale. Un patrimoine à inventorier, sélectionner et réinterpréter afin, non pas de reproduire des modèles anciens, mais de hiérarchiser ce fonds historique pour construire une offre cohérente.


Le travail sur les couleurs fait partie des autres chantiers. La couleur est un marqueur fort de Maison Pichon, mais son évolution reste techniquement complexe, notamment en raison des exigences liées à la compatibilité alimentaire des émaux. Pour les repreneurs, il s’agit de faire évoluer la palette sans remettre en cause les contraintes d’usage ni la reconnaissance de la marque.


La reprise s’accompagne aussi d’un travail de structuration interne. L’entreprise emploie aujourd’hui trois artisans en CDI et un en CDD. Une partie des gestes et des méthodes est encore transmise oralement. Les nouveaux dirigeants souhaitent documenter ces savoir-faire afin d’éviter leur perte et d’assurer leur transmission. Cette formalisation doit permettre de préserver le caractère manuel des pièces tout en professionnalisant davantage les processus.


L’équilibre recherché consiste désormais à industrialiser, non pas le produit, mais partiellement l’organisation : procédures, suivi des étapes, documentation technique, régularité de fabrication et capacité à honorer les commandes.
Maison Pichon reste positionnée sur le haut de gamme. Sa distribution passe principalement par des boutiques et concept stores, mais aussi par des collaborations avec des designers, des architectes d’intérieur et des chefs spécialisés dans les repas événementiels haut de gamme. L’activité est principalement tournée vers l’international, avec près de 60 % des volumes réalisés à l’export.
Le développement doit être accompagné par un déménagement prévu en fin d’année vers des locaux plus spacieux « qui permettront d’envisager plus sereinement le développement de l’entreprise et de la marque », indique Sophie Auriac.


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