Maisons du monde : un refinancement sous conditions pour éviter la procédure collective

19 juin 2026

Maisons du Monde vient de signer un protocole de conciliation visant à réduire fortement sa dette bancaire et à faire entrer un nouveau consortium d’investisseurs à son capital. L’opération, soumise à plusieurs conditions, doit permettre au groupe d’éviter une procédure collective et de poursuivre sa transformation.

Maisons du Monde annonce aujourd’hui vendredi 19 juin 2026, la signature d’un protocole de conciliation destiné à refinancer le groupe et à réduire significativement sa dette bancaire. Cet accord, conclu avec un consortium de nouveaux investisseurs composé d’Alteri Investors et d’Eicos Investment Group, ainsi qu’avec les banques du groupe, doit encore être homologué par le tribunal de commerce spécialisé de Nantes et approuvé par les actionnaires.
Pour l’enseigne d’ameublement et de décoration, l’enjeu consiste à éviter l’ouverture d’une procédure collective et à disposer d’une structure financière plus solide pour poursuivre son activité. Maisons du Monde précise que, si les conditions prévues ne sont pas remplies, si les actionnaires rejettent les résolutions nécessaires ou si l’opération n’est pas finalisée d’ici au 15 septembre 2026, le groupe serait amené à solliciter l’ouverture d’un redressement judiciaire. Un scénario qui pourrait conduire à une perte quasi totale de l’investissement des actionnaires actuels, souligne l’entreprise.
Cette situation intervient après plusieurs années difficiles pour le secteur de l’ameublement et de la décoration. Aux difficultés de marché (ralentissement du marché immobilier, érosion du pouvoir d’achat, concurrence accrue, etc.) s’est ajoutée une base de coûts importante, liée en particulier aux investissements réalisés après la période covid dans le réseau, les systèmes IT et la logistique. Malgré le plan stratégique Inspire Everyday, dévoilé en 2024, la situation financière du groupe s’est tendue, marquée par un bris de covenants bancaires, c’est-à-dire le non-respect de certains ratios financiers prévus avec ses banques, puis par la recherche d’un accord de standstill.
Le protocole prévoit une réduction importante de la dette bancaire. Celle-ci passerait de 250,3 millions d’euros à 39,4 millions d’euros, soit une baisse de 84 %. Le consortium apporterait par ailleurs 33 millions d’euros de nouveaux financements en numéraire, soit 32 millions d’euros nets de décote d’émission, auxquels s’ajouterait le rachat d’au moins 12,7 millions d’euros de créances bancaires. Une partie importante de la dette existante serait ensuite convertie en capital, ce qui ferait du consortium l’actionnaire de contrôle de Maisons du Monde.
L’opération entraînerait une dilution massive des actionnaires actuels, qui ne détiendraient alors que 4,78 % du capital au maximum. Si l’opération aboutit, le consortium contrôlerait environ 95,2 % du capital et 95,3 % des droits de vote. Il a demandé à l’Autorité des marchés financiers une dérogation à l’obligation de déposer une offre publique d’achat, tout en indiquant ne pas envisager de retrait de la cote dans les 12 mois suivant la restructuration.
Cette opération vise d’abord à maintenir l’activité et à poursuivre la transformation du groupe. Les nouveaux financements doivent permettre de sécuriser la trésorerie et de donner du temps à l’enseigne pour continuer à adapter son modèle. Des actifs stratégiques du groupe, dont la marque, les stocks, les créances commerciales, les comptes bancaires et les fonds de commerce de Maisons du Monde France, seraient placés en garantie des nouveaux financements. 
Les prochaines semaines seront donc déterminantes. Le protocole doit être homologué par le tribunal de commerce spécialisé de Nantes, puis soumis à l’approbation des actionnaires. L’assemblée générale annuelle, reportée en raison de l’incertitude pesant sur la continuité d’exploitation, est actuellement programmée le 27 juillet prochain. Maisons du Monde vise une réalisation complète de l’opération dans le courant de l’été, et au plus tard le 15 septembre 2026. Trois actionnaires importants (Teleios Capital Partners, Majorelle Investments et Holgespar Luxembourg), représentant collectivement 63,5 % des droits de vote, se sont déjà engagés à voter en faveur des résolutions nécessaires.
En 2025, Maisons du Monde a réalisé 947,3 millions d’euros de ventes, en baisse de 5,4 % au total et de 4,7 % à périmètre comparable. Le premier semestre a été particulièrement difficile, avec un recul de 10 %, avant une stabilisation au second semestre, limitée à -1 %. Le réseau de magasins a mieux résisté que le digital : les ventes en magasins ont reculé de 3,5 %, tandis que les ventes en ligne ont baissé de 10,5 %.
La France reste le premier marché du groupe, avec 518,6 millions d’euros de ventes, soit un peu plus de la moitié du chiffre d’affaires, mais en recul de 6,4 %. L’international baisse également, dans une moindre mesure (-4,3 %). Par familles de produits, la décoration représente 532,5 millions d’euros de ventes, en recul de 4,7 %, tandis que le meuble atteint 414,8 millions d’euros, en baisse de 6,4 %. À fin 2025, Maisons du Monde comptait 328 magasins, dont 19 en affiliation.
La marge brute s’établit à 63,1 %, mais elle recule par rapport à 2024 sous l’effet de l’activité promotionnelle.
Le groupe indique en outre avoir réalisé 45 millions d’euros d’économies brutes en 2025. Ces efforts ont toutefois été en partie absorbés par les coûts de réorganisation logistique, la réduction des effectifs et les charges liées au siège. Le résultat net ressort à -406 millions d’euros, contre -115,3 millions d’euros au 31 décembre 2024. Selon Maisons du Monde, cette évolution est principalement liée à des ajustements non cash, dont une dépréciation de 296 millions d’euros comprenant le goodwill historique, pour 246 millions d’euros, et une part limitée de la marque, pour 50 millions d’euros. Le groupe mentionne également une dépréciation de 52 millions d’euros sur l’entrepôt du Nord, liée à l’optimisation de la chaîne logistique.
Le premier trimestre 2026 montre une baisse plus limitée, mais sans véritable retournement de situation. Les ventes atteignent 211,5 millions d’euros, en recul de 4,5 % au total et de 2,8 % à périmètre comparable. Le réseau physique affiche une quasi-stabilité à périmètre comparable, avec un recul limité à -0,2 %, tandis que le trafic en magasin progresse de 2 %. En revanche, les ventes en ligne restent sous pression, avec une baisse de 10 %. La marketplace progresse de 7 %, mais le site Maisons du Monde recule de 13 %.

(Photo : © Maisons du Monde)


Partager ce contenu