La porcelaine de Limoges devient le premier produit européen non agricole à bénéficier d’une protection de l’UE. Une reconnaissance qui établit un lien direct entre le savoir-faire dont elle est issue et son origine.
Lundi 18 mai 2026, L’Association pour l’indication géographique Porcelaine de Limoges s’est vu remettre le certificat d’enregistrement européen de l’indication géographique (IG) porcelaine de Limoges délivré par l'Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO). La porcelaine de Limoges devient ainsi la première indication géographique protégée européenne attribuée à un produit artisanal et industriel français. Cette reconnaissance s’inscrit dans le cadre du règlement européen sur les indications géographiques (IG) applicables aux produits artisanaux et industriels, entré en vigueur le 1er décembre 2025. Cette mesure européenne concernait jusqu’alors principalement les produits agricoles, viticoles ou alimentaires. Désormais, les savoir-faire manufacturés ont également la possibilité de bénéficier d’une protection à l’échelle de l’Union européenne.
Cette évolution représente une étape significative pour les indications géographiques industrielles et artisanales françaises. L’Institut national de la propriété industrielle (INPI) qui homologue déjà les indications géographiques au niveau national, engage en effet la transformation des dénominations existantes en IGP européennes. Cette protection étendue aux 27 États membres permet aux produits concernés d’utiliser le logo officiel “Indication géographique protégée” et d'encadrer l’usage de leur nom.
Pour rappel, la porcelaine de Limoges dispose d’une IG nationale depuis le 1er décembre 2017. Son passage au niveau européen repose sur un cahier des charges définissant précisément le lien entre le produit, son territoire et ses étapes de fabrication. L’appellation concerne les produits en porcelaine manufacturée dont les opérations de production (coulage, calibrage, estampage, émaillage, cuisson et décoration) sont réalisées dans le département de la Haute-Vienne.
Une reconnaissance inscrite dans une histoire industrielle ancienne : le développement de la porcelaine de Limoges est en effet lié à la découverte, en 1768, d’un gisement de kaolin au sud-ouest de la ville. Cette matière première a permis l’essor d’une production reconnue pour la blancheur, la finesse, la dureté de son matériau et la qualité de ses décors. Le secteur représente aujourd’hui 1 200 emplois environ et un chiffre d’affaires estimé à plus de 100 millions d’euros dont environ 70 % réalisés à l’export.
Présidée par Michel Bernardaud, l’Association pour l’indication géographique Porcelaine de Limoges rassemble 33 fabricants et/ou décorateurs certifiés ainsi que 20 acteurs de la filière céramique. Le respect du cahier des charges est contrôlé par un organisme de certification indépendant.
Dans ce nouveau dispositif, l’INPI a pour rôle d’instruire la phase nationale des demandes, de vérifier la conformité du cahier des charges, la représentativité du demandeur et le lien entre le produit et le territoire. Les dossiers validés sont ensuite transmis à l’EUIPO, chargé de l’examen européen et de statuer sur l’enregistrement définitif.
Pour les indications géographiques nationales déjà reconnues, une procédure simplifiée est mise en place. La France a transmis les dossiers concernés depuis le 1er décembre 2025, sans phase d’opposition au niveau européen. Plusieurs dénominations françaises peuvent ainsi prétendre à cette protection, parmi lesquelles la charentaise de Charente-Périgord, le linge basque, les poteries d’Alsace - Soufflenheim/Betschdorf, le couteau de Laguiole ou encore la tournerie et tabletterie du massif du Jura, par exemple.
A noter que la région Nouvelle-Aquitaine concentre 11 indications géographiques industrielles et artisanales sur les 25 recensées au niveau national. L’ensemble des indications géographiques artisanales et industrielles françaises existantes passera sous protection européenne en 2026.
(Photo : © Bernardaud)