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Imperial Porcelain de Saint-Pétersbourg : un hommage à l’histoire de la Russie

02 janvier 2019

Fondée en 1744 par Elisabeth 1re, impératrice et fille de Pierre le Grand, Imperial Porcelain est la première manufacture de Russie et la 3e en Europe dans l’histoire de la porcelaine. Entretien avec Tatiana Tylevich, directrice générale de la manufacture, au siège d’Imperial Porcelain à Saint-Pétersbourg.

Depuis quand êtes-vous à la direction et qui est actuellement propriétaire de Imperial Porcelain ?

Tatiana Tylevich : Galina Tsvetkova a racheté la manufacture en 2002. Il y a 10 ans, elle m’a nommée directrice générale pour moderniser celle-ci et proposer de nouvelles stratégies de développement. Auparavant, j’ai travaillé pour les marques Philip Morris et Coca-Cola et j’étais venue à la manufacture pour faire un audit financier. Et finalement, je suis restée !


L’histoire de la manufacture recoupe l’histoire de la Russie…

En effet, c’est assez extraordinaire, nous célébrons en 2019 les 275 ans de la manufacture ! L’idée initiale de la création d’une manufacture de porcelaine était celle de Pierre le Grand, mais c’est finalement sa fille qui a eu le temps de concrétiser le projet. Vous pouvez voir dans notre musée que, grâce au scientifique russe Dimitri Vinogradov, la manufacture a pu proposer une porcelaine dure, digne des plus grandes maisons, au même titre que Meissen en Allemagne (1710) ou Sèvres en France (1740). La manufacture appartenait à la Cour et à la famille impériale des Romanov. Les services de tables, les vases, les coupes, les centres de tables ont paré les palais, tels que l’Ermitage de Saint-Pétersbourg à la demande la Grande Catherine, et des œufs en porcelaine étaient offerts à la famille Romanov et aux familles aristocratiques notamment à l’époque de Nicolas II.


L’histoire de l’époque bolchévique est, elle, beaucoup moins connue…

A la révolution en 1917, cet emblème de l’Empire russe aurait pu disparaître… Mais les Bolchéviques ont compris que cette porcelaine était un excellent moyen de diffuser leur propagande à travers le monde. Ainsi, la manufacture fût nationalisée et rebaptisée Lomonosov Porcelain Factory. Pour rompre avec les dessins de l’époque, on créa des assiettes Propaganda, avec des illustrations d’ouvriers ou d’usines et des slogans, qui furent envoyées dans le monde entier.

Est-ce à cette époque que la manufacture a fait appel à des artistes de renom ?

A partir des années 1920, l’usine recourût à de grands artistes, tels que Kandinsky, Malevitch ou Ilia Tchachnik en collaboration avec Suetine. Ces collaborations ont donné naissance à des services œuvres d’art avec des représentations abstraites et des formes cubistes recherchées aujourd’hui !

Quel est votre best-seller actuel ?

Le plus connu, tous pays confondus, est le modèle Cobalt, de couleur bleu cobalt et rehaussé d’or fin, créé en 1944. Le motif en forme de croisillons représente les grilles des fenêtres posées aux fenêtres pour protéger les maisons pendant le siège de Leningrad contre les nazis (1941-1944). Mais dans notre musée, vous pourrez voir que déjà à l’époque de l’impératrice Elisabeth 1re, celle-ci avait commandé un service de couleur rouge avec un motif similaire mais avec des petites fleurs au lieu des croisillons en or. Chaque strie bleue est peinte à la main sous émail, chaque croix dorée est posée à la main sur émail et 3 opérations de cuisson sont nécessaires.

Quels sont les services commercialisés aujourd’hui ?

Nous proposons 4 territoires d’expression. Tout d’abord, la collection Impériale qui est une réédition de porcelaines historiques emblématiques. Ensuite, la collection Russian Style avec des figures traditionnelles russes telles que le coq et le cheval. Bien entendu, nous proposons le service Cobalt avec différentes versions de motifs de couleur bleue. Pour finir, nous avons également le service Modern Art avec des collaborations d’artistes actuels principalement russes, mais pourquoi pas internationaux à l’avenir ?

Comment pensez-vous toucher la génération des Millennials ?

Justement en faisant appel à de jeunes designers, mais aussi pourquoi pas en rééditant des créations de la période Propaganda qui revient beaucoup à la mode ?

Quels sont les pays les plus importants pour votre prochain développement ?

Le premier pays d’exportation est la Chine et en deuxième, la Corée avec une forte distribution via le réseau internet. A la 3e position, c’est l’Europe et via la France, nous souhaitons développer des shop-in-shops dans les grands magasins et sur internet.

Réalisez-vous des produits sur-mesure ?

C’est un service spécial que nous souhaitons développer fortement. Il représente actuellement 20 % de notre chiffre d’affaires (qui atteint 30 millions d’euros en 2017). Nous avons la chance d’avoir notre propre manufacture à Saint-Pétersbourg avec notamment 200 artistes peintres qui décorent tout à la main (vases, services de table, sculptures, etc.) et sont à même de répondre aux exigences les plus pointues des commandes spéciales. Nous souhaitons donc proposer notre savoir-faire et notre style russe à l’international.

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Une filiale à Paris

Depuis 1 an, la maison-mère a créé une filiale française en charge de l’Europe. « Nous avons ouvert environ 20 points de vente avec des détaillants multimarques et souhaitons continuer sur notre lancée, explique Béatrice Senan, directrice commerciale à Paris. Pour les grands magasins en France, la distribution se fait par la société Mariage Frères autour de l’univers du thé, présente au Bon Marché, au Printemps et aux Galeries Lafayette. Une grande partie de notre collection cible l'univers du thé. Nous élargissons actuellement notre offre avec des services de table complets, pour répondre aux besoins des clients à l'international ». La filiale compte ainsi ouvrir de nouveaux points de vente en Europe, mais est aussi en charge de projets en Amérique du Sud ou en Asie. « Nous voulons proposer des commandes spéciales répondant à la demande de collectionneurs du monde entier et travaillons déjà avec certains architectes d’intérieur. »

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